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Au
cœur du Haut-Atlas marocain, dans des vallées profondes retranchées derrière des sommets
de 3000 à 4000 m, subsistent des tribus berbères vivant en quasi
autarcie.
De rudes hameaux d'altitude rassemblés autour de châteaux sans
seigneur, flanqués de bastions carrés et de tours crénelées, des greniers
inexpugnables, d'opulentes kasbahs richement décorées : l'architecture berbère
fascine par la noblesse et l'élégance de ses formes, mais aussi par la rusticité
des matériaux utilisés, la pierre, la terre et le bois.
Les constructions frustes en pierre sèche
prolongent la roche qui affleure sur les pentes dénudées, s'accrochent au
moindre escarpement exposé au levant. Les forteresses de pisé, creusées de losanges et
de mystérieuses arcatures, semblent surgir de la terre. Ksars, kasbahs, igherm
et tigrhemt, vestiges d'un passé tourmenté, d'un temps où les guerres tribales
obligeaient les habitants à s'abriter derrière des murs épais, les villages du
Haut Atlas sont empreints d'une poésie austère.
Aujourd'hui, cette architecture berbère n'est plus défensive mais
son mode de construction s'est transmis à toutes les régions montagneuses,
conférant un charme indéniable à ces hameaux de pierre aux toits plats en terre
battue et qui s'accrochent aux flancs des monts, utilisant le moindre
escarpement. Les minuscules parcelles de terre irrigable sont consacrées aux
cultures : orge, maïs, pommes de terre … Parfois, les kasbahs sont érigées sur
des plateaux surplombant des vallées fertiles.
Si les Berbères, paysans
sédentaires depuis des siècles, ne vivent plus comme leurs ancêtres, en
complète autarcie, leur existence quotidienne reste cependant précaire. Isolés
dans de profondes vallées reliées entre elles par des sentiers muletiers, où
l'hiver venu, leurs habitants restent encore coupés du monde six mois par an.,
ils y perpétuent une vie laborieuse, rythmée par les saisons et les travaux
des champs. Les hommes labourent, vannent l'orge, coupent le bois, dament
le pisé et se rendent au souk hebdomadaire, centre de ravitaillement local et
lieu de distraction. De l'aube au crépuscule, les femmes triment, puisent
l'eau, ramassent le petit bois, moissonnent, trient le grain, nourrissent les
animaux, pétrissent le pain, filent, tissent et prennent soin de leurs
enfants. Existences immuables, égayées par les fêtes familiales où il
fait bon danser Vahouach et chanter au son du bendir.
Mieux intégrés aujourd'hui, les Berbères sont les héritiers d'un
passé héroïque, jalonné de révoltes entre tribus et d'hostilité au makhzen.
D'origines très diverses, ils ont su préserver à travers les siècles une vie
collective unique et originale, basée sur la solidarité, les liens du sang et
les alliances. Leur patrimoine commun de langue, de pensée, de coutumes et
d'architecture est le fruit d'une profonde unité sociale soudée par un destin
exceptionnel.
Authentique et méconnu, le Haut-Atlas offre un des visages les plus
captivants du Maroc.
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