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" S'il est des territoires où la
simple vision du spectacle de la nature permet de replacer l'homme à sa
juste dimension, la Terre de Feu est assurément de ceux-là. Terre de la
démesure, modelée par des glaciations successives, des vents violents et des
précipitations diluviennes, elle est à l'image de la puissance des éléments
qui s'y déchaînent. Découverte en 1520 par l'explorateur portugais
Magellan, elle resta très longtemps en grande partie inexplorée. Aussi
grandiose qu'hostile, cette Terre du bout du monde force l'humilité de ceux
qui osent s'y aventurer. Des glaciers millénaires s'y déploient
majestueusement pour finir leur course lente en mer, ponctuant le silence le
plus profond, des crissements de la glace qui fond ou le vacarme tonitruant
d'un bloc de glace qui se détache de la moraine. "
Nicolas
HULOT
" Ce Grand Sud chilien, balayé par tous
les vents de l'Enfer, terre de désolation et école de solitude, où la nature
rebelle obéit seulement à la lune, à la mer et au vent, est une contrée
mystérieuse née de la conjonction des mers australes où règnent les
baleines, les phoques, les guanacos et les oiseaux de proie. Un monde
assailli par les éléments, où, la nuit, la mer et le vent prennent toutes
les intonations humaines, du rire jusqu'aux pleurs, et on y entend aussi de
sourds murmures, des plaintes lointaines et déchirantes qui lèchent les
vagues. Ces deux éléments grandioses que sont la mer et le vent paraissent
alors se recroqueviller pour imiter des aboiements de chien, des miaulements
de chat, des pleurs d'enfants, des paroles colériques de femmes et d'hommes.
"
Francisco
COLOANE
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